Un débat s'imposait... et s'impose toujours!

Les éducatrices et éducateurs physiques enseignants du Québec vivaient dans l'incertitude depuis plusieurs années et craignent toujours pour l’avenir de nos jeunes. Une constante demeure, appuyée par de nombreuses études scientifiques: la société québécoise doit revoir ses priorités. La condition physique des enfants et des adolescents fait piètre figure au point de menacer très sérieusement leur qualité de vie à l'âge adulte. Les habitudes et formes de loisir ont changé, les intérêts des jeunes aussi. Les activités de plein air en famille n'ont plus la cote dans le palmarès des Québécois.

Nous n'en sommes plus, depuis longtemps, à vouloir préserver des emplois, des "minutes d'enseignement". Nous ne sommes pas en guerre contre les autres matières du curriculum, loin de là, mais nous continuons de questionner les décideurs de l'État en regard des choix qu'ils ont faits et de ceux qui viendront.

Quelqu'un peut-il vraiment être considéré comme "compétent" alors qu'il n'a pas la santé suffisante pour accomplir son boulot avec énergie? Le vieil adage "un esprit sain dans un corps sain" est-il déjà passé de mode à ce point? Compte tenu de ces farouches adversaires de la santé que sont les jeux électroniques, la télévision et la restauration rapide, ne serait-il pas réaliste de croire que l'École a le devoir d'éduquer le jeune à prendre soin de son avenir intellectuel, physique, social et affectif? Les frais supplémentaires engendrés par une augmentation significative du temps accordé à l'enseignement de l'éducation physique et à la santé pour tous les jeunes du Québec ne pourraient-ils pas être facilement récupérés en épargnant dans les soins de santé de nos futurs adultes?

Que de questions restent encore sans réponses. Il n'y a pourtant pas si longtemps, nos aînés avaient l'habitude, au Jour de l'An, de souhaiter "la santé" à leurs proches, une tradition qui a perdu beaucoup de plumes avec les années... pour ne pas dire presque tout son sens!

Nous sommes donc d'avis que le Québec, "société distincte" nous dit-on, doit définir son système de valeurs et envisager l'avenir de sa relève sous TOUS ses aspects, ce qui implique AUSSI l'acquisition, à l'école, de saines habitudes en matière de santé et leur intégration dans la vie de tous les jours. C'est pourquoi le Comité d'action ÉPS a entrepris au printemps 2001 dans tout le Québec une démarche à la fois informative et politique. Nous espérons que celle-ci saura rallier non pas uniquement les éducateurs physiques mais bien des femmes et des hommes qui, comme nous, sont tout simplement inquiets de l'avenir de nos jeunes.

Après tant d'années de travail acharné, il y a néanmoins une lueur d'espoir qui se pointe à l'horizon. À compter de septembre 2006 en effet, les jeunes du primaire auront droit à un minimum garanti de deux heures d'éducation physique et à la santé à l'intérieur de leur horaire de classe. Est-ce suffisant? Bien sûr que non. Est-ce une annonce positive? Oh que si!

Pour la première — de l'histoire?! — le gouvernement du Québec reconnaît la nécessité d'impliquer réellement l'école dans un projet de société orienté vers la santé de tous. Sans doute aussi pour la première fois, l'éducation physique et à la santé, cette éternelle "mal aimée" des administrateurs scolaires, reçoit une attention particulière et bénéficiera même, au primaire, d'un temps d'enseignement minimum obligatoire supérieur aux autres matières, outre le français et les mathématiques.

Nous ne connaissons pas les intentions du MÉQ en ce qui concerne les secteurs du préscolaire et du secondaire, voire du collégial, mais nous choisissons de jeter un regard positif sur cette avancée tout en restant vigilants. Un premier pas significatif est fait; à nous de démontrer que d'autres doivent suivre.


Yves Potvin
Webmestre de La bande sportive E.P.S.
Enseignant en éducation physique et à la santé
Laval
Nos valeurs?